Catherine et Odrée Lortie n’ont pas grandi en rêvant particulièrement de reprendre les rênes du centre de rénovation Lortie et Martin, qui dessert les entreprises et bricoleurs des Laurentides. Mais au moment où leur père Normand a considéré vendre à l’extérieur de la famille, tout a changé.
Le père de Normand, René Lortie, a fondé l’entreprise avec son associé René Martin en 1950, en rachetant un commerce de coupe de bois et assemblage de portes et fenêtres. L’entreprise a été transformée en quincaillerie avec le temps, et Normand a pris la relève en 1984.
Au fil des ans, la quincaillerie Lortie et Martin a été sous l’enseigne BMR – René Lortie en est d’ailleurs l’un des cofondateurs –, puis Rona. Depuis 2015, elle a quitté Rona pour se joindre au groupe d’achat Castle, une décision qui lui a permis d’aller chercher de la flexibilité dans le choix des fournisseurs et d’être plus compétitif, explique Normand Lortie.
« Avant de laisser Rona, on a engagé une firme pour faire une étude de notoriété dans notre région, disons à 30 km autour d’où on est situés. Et dans les résultats de cette étude, qui a été faite par des gens de Montréal qui ne nous connaissaient pas, la marque Lortie et Martin passait devant Rona », explique-t-il.
« Ça nous a donné le petit coup de pied qu’il nous manquait pour se dire qu’on pouvait s’en aller, parce que ce n’était pas le nom Rona qui faisait entrer les gens ici. C’était notre façon d’opérer, de travailler avec les clients, le personnel qu’on a et la quantité aussi. Parce que quand vous venez chez nous, il y a du monde dans tous les départements, dès l’ouverture », insiste-t-il.
« On n’a jamais eu la pression de devoir reprendre obligatoirement l’entreprise familiale. On est vraiment parties sur des pistes complètement différentes : Odrée a fait de la photo, moi j’ai fait du théâtre, on est allées vers des domaines qui n’ont aucun lien avec la rénovation, la construction. À un moment donné, nos chemins nous ont ramenées directement à l’entreprise », raconte Catherine.
Même si les deux sœurs étaient revenues travailler dans l’entreprise, elles n’étaient pas certaines de vouloir la reprendre en raison de la charge de travail que cela impliquait.
« Quand est venu le moment où on s’est retrouvés avec un potentiel acheteur qui était intéressé, on s’est retrouvés un peu comme au pied du mur. Je me souviens avoir dit à Odrée : “Attends une minute, je ne suis plus sûre de notre affaire. Je pense que si je ne l’essaie pas, je vais le regretter” », poursuit-elle.
« C’est une belle entreprise qui a été très bien montée à travers les années, donc déjà en partant, c’est moins inquiétant, on part sur des bases qui sont solides, on a une bonne équipe avec nous », ajoute-t-elle.
À 68 ans, Normand Lortie approche de la retraite. Il est convaincu qu’Odrée et Catherine, respectivement âgées de 40 et 36 ans, feront un bon travail à la tête de l’entreprise, qui célèbre cette année ses 75 ans.
Mais la grande équipe de 90 employés qui fait la force de Lortie et Martin est aussi la source d’un de ses principaux défis, souligne le trio.
L’enjeu qui s’en vient, c’est que notre équipe – qu’on a toujours appelée la famille – a pas mal l’âge de Normand. D’ici cinq ans, on va donc pas mal perdre toute notre famille [avec les retraites].
Odrée Lortie
L’embauche est donc une priorité pour l’avenir. « Ça nous prend une nouvelle équipe qui pourrait s’abreuver de cette belle expérience-là qu’on a déjà dans notre magasin pour que quand on sera rendus là, les nouveaux arrivés soient prêts à prendre la relève sans problème », renchérit Catherine.
Et elle précise : Lortie et Martin ne cherche pas uniquement des commis. Le centre de rénovation offre aussi des possibilités de carrière, de l’avancement à l’interne.
Il est pourtant difficile de recruter des jeunes, au-delà des étudiants qui sont de passage quelques années. Les retraités sont aussi nombreux à souhaiter travailler quelques jours par semaine pour partager leur passion. « Mais de 30 à 50 ans, il n’y a pas de mouvement », mentionne Catherine.
Parmi les autres défis à l’horizon, il y a aussi le type de projets qui changent.
« Le marché présentement, il est plus difficile parce que la maison unifamiliale, il y en a de moins en moins. S’il se construit, disons un bloc de 16 logements, je ne vendrai pas 16 tondeuses ou 16 patios. Et quand les gens louent, ils ne vont pas changer les couleurs ou les moulures. Ce sont des projets clés en main, donc le plombier arrive avec son stock, l’électricien aussi », illustre Normand Lortie.
« Mais par contre, il va y avoir le marché de la rénovation qui va commencer, parce qu’il y a beaucoup de vieilles maisons. C’est ce que les jeunes vont être capables de s’acheter et ils vont les rénover progressivement », résume-t-il.
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